• Paroisse St Jean Le Russe

Lettres diverses du saint starets Macaire d’Optino


LETTRE 245

Je suis débiteur envers toi quant aux trois dernières lettres,

très respectée NN, celle du 26 octobre, du 5 et 9 novembre. Même si j'ai répondu à celle du 31 je n'ai pas répondu à toutes les questions. Je commence par celle-ci.

La pensée qui te trouble est que l’on n’a pas besoin de la direction d’un "starets", que les autres vivent bien sans être en relation avec quelqu'un, mise à part une confession une fois par an, et qu’ils vivent tranquilles, etc… Cette pensée déjà trahit le fait qu'elle vient de l'ennemi, en ce qu’elle apporte le trouble. Si elle était véridique, alors pourquoi se troublerait-on, il conviendrait de l'appliquer. Quant au fait que ceux qui ne se réfèrent à personne vivent tranquilles et toi non, il peut s'expliquer par le fait que ceux qui font attention à leurs actes voient leurs faiblesses, luttent et, ne trouvant pas d'apaisement, cherchent une solution selon leur foi auprès de gens expérimentés ou dans l'enseignement des saints Pères ; voilà pourquoi l'ennemi se dresse contre eux avec ses intrigues, suscite le trouble, la perplexité et monte les autres contre eux. Quant à eux, ne trouvant pas d'apaisement et de tranquillité, ils accourent vers celui pour qui, selon leur foi, ils sont bien disposés, ils lui demandent conseil et se tranquillisent. Et plus le combat s’intensifie, plus ils recourent à ce moyen. Quant à ceux qui n'éprouvent pas le besoin de s’adresser à autrui, qui suivent leur propre réflexion et croient qu'ils vivent bien, se laissant séduire par la vanité et l'autosatisfaction, l'ennemi ne les attaque pas et ils s’imagine ainsi être tranquilles.

Il y a beaucoup d'enseignements au sujet de la nécessité de chercher conseil auprès d'un père spirituel chez les saints Pères, bien que ceux-ci fassent particulièrement référence aux moines mais les combattants spirituels ne sont pas seulement les moines mais sont tous les chrétiens orthodoxes. Dans les saintes Écritures il est dit que l'Esprit Saint a placé des prêtres et des instructeurs pour faire paître le troupeau doué de raison du Christ et il leur est dit : insiste, reprends, censure à temps et à contre-temps 1 (…) Viendra le temps où ils ne supporteront plus la saine doctrine mais, ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, se donneront des maîtres: "dorénavant ce n'est plus comme dans les temps anciens où on écoutait les pasteurs, nous sommes plus savants qu'eux". Tu entendras cela de beaucoup de gens, le "progrès"a réussi là aussi !

L'Écriture parle également du fait qu'il faut être conseillé; le salut est dans le grand nombre de conseillers2; l’impie est prisonnier de l'absence de conseil.

Nos saints Pères et Instructeurs ont eux-mêmes parcouru le chemin de la vie spirituelle et nous ont laissé la voie sans égarement de la révélation et du conseil.

Je vais en indiquer quelques uns : saint Jean Climaque aux degrés 1 et 4 ; le père Dorothée : Qu’il ne faut pas suivre son propre jugement ; Siméon le Nouveau Théologien, dans de nombreux chapitres de son 7ème discours ; Théodore d'Edesse à partir du chap.40 : dans ces chapitres, il est dit comment les démons haïssent celui qui suit le chemin de la révélation et du conseil et comment ils s'ingénient à intriguer contre celui-ci; chez St. Cassien dans son discours à l'higoumène Léontinus et chez de nombreux autres on peut voir quelle utilité découle du conseil. Mais cela suffit à ce sujet. Tu trouveras encore chez St. Barsanuphe que même les laïcs cherchaient les conseils.

Que mère R.... t'ait écrit des compliments, cela vient de sa bonne disposition et de sa simplicité mais bien sûr il ne convenait pas de faire les compliments en face. En cela s'est révélée ta disposition à ne pas pouvoir supporter les honneurs, comme l'écrit saint Isaac dans son premier discours; tu as remarqué le dommage : fais-toi humble !

Quand tu n'as pas beaucoup de temps pour la prière, contente toi de ce que tu as et Dieu acceptera ta bonne volonté; rappelle toi que le sentiment du publicain dans la prière plaît à Dieu et évite de donner du prix à ta prière : c'est l'affaire de Dieu et non pas la nôtre. Il ne faut pas croire aux rêves et se laisser troubler par eux, l'ennemi fait beaucoup de machinations uniquement pour apporter le trouble. Ce qui nous arrive ce n'est pas par les rêves mais parce que cela doit être du fait des desseins de Dieu qui nous sont impénétrables.

Que le Seigneur garde NN, toi et vos enfants en bonne santé spirituelle et corporelle. NN ne se ménage pas mais il lui faut prendre du repos jusqu'à la restauration de ses forces mentales et physiques qui ont été mises à mal.

Dans ta deuxième lettre, tu écris au sujet de M.R..., mais elle est maintenant chez nous et elle nous a transmis de la part de NN le bas relief de la Cène pour notre réfectoire. Que le Seigneur vous ait en Sa merci !

La suggestion des gens qui conseillent de faire connaissance avec ....., soi-disant pour le profit d’un grand nombre, n'est pas conciliable avec ta position sur le plan familial ni avec le fait que c’est à NN de déterminer à qui il faut apporter de l'aide et quelle aide apporter. Comment peux-tu te mêler de ce qui n'est pas ton affaire et de plus sans que NN en soit informé ? Et lui bien sûr ne l’approuvera pas. Pourquoi perdre ton temps dans cette relation ? Admettons qu'on puisse trouver quelque chose d’édifiant chez eux, mais, pour cela, il faut beaucoup de temps et de disponibilité et tu en as peu. Que les dames libres de leur temps fassent le bien mais qu'elles ne prêchent pas sur la place publique. Car le bien leur semble tel alors qu'il peut se révéler tout autre, vu leur ignorance du fond de l'affaire. On les persuadera dans un sens alors qu' en fait il en est autrement et de plus, cela ne plaira pas à NN que tu rentres dans des affaires de ce type, à quoi cela te servira-t-il ?

Tu demandes au sujet de la confession : faut-il dire en confession un péché déjà confessé si cela est demandé par le confesseur. Quand après la confession, il n'y a pas eu de péché identique, il ne faut pas le répéter et si on le demande, il faut dire : après la confession, il n'a pas eu lieu. S'il s'agit du même confesseur, il connaît déjà ta confession. Au cours de la prière en public, il ne faut pas se distinguer des autres par des métanies ou prier à genoux mais quand les métanies sont prescrites par les règles alors il faut les faire au bon moment. Il ne faut pas exprimer ses sentiments intimes en public mais si survient un sentiment d'émotion, il faut qu'il reste caché : Dieu scrute le cœur. Quand nous prions en particulier, on peut l'extérioriser mais de manière humble. Dieu ne méprise pas les cœurs brisés et humiliés.

Quand tu te trouves quelque part, reconnais toi-même ton indisposition et vois ta faiblesse ; mais il ne faut pas se troubler pour cela. Quand l'esprit est mal disposé il vaudrait mieux se taire mais en raison de l'usage dans le monde cela semblera étrange et il est impossible de s'éloigner complètement du monde. Il n'y a plus rien à faire et au cas où on se laisserait séduire par une discussion où l'on juge ou bien qui n'est pas profitable, il faut faire pénitence. "parlez en votre cœur, sur votre couche faites silence" dit le saint roi et Prophète David.

Tu souffres toute la semaine du trouble qui t’a été causé par des discussions et des jugements faits dans le monde au sujet du monachisme, le fait que tu y prends part et que parfois tu partages l'opinion des autres. Que faire ? Le coupable n'est pas l'état monacal mais les faiblesses de certaines personnes qu’épie le monde. Et voyant les faiblesses de certaines personnes, il en étale la tache sur tout le monachisme.

On ne peut que plaindre ces gens par qui survient la tentation, mais Dieu est tellement miséricordieux qu'Il a la force d'amener les faibles à la repentance. D'ailleurs nous n'oserons pas nous vanter nous-mêmes d’avoir atteint par notre vie un état de supériorité mais nous voyons plutôt nos propres faiblesses et devons nous considérer en dessous de toute création, c'est-à-dire comme pires que tous. Les Pères anciens, bien qu'étant dans un état sublime de sainteté se considéraient pires que tous. D'ailleurs le monde voit le désordre chez les moines mais ne remarque pas le sien. Si nous percevions nos péchés, nous n'aurions pas le temps de juger ceux des autres. Ne te trouble pas pour cela mais une fois arrivée à la maison fais repentance, ne jugeant pas les autres qui se sont laissés aller à juger.

J'appelle Dieu à vous bénir tous et souhaite votre bonne santé et votre salut, priant pour vous

Hiéromoine Macaire, pécheur. 14 nov.1859

LETTRE 248

Il m'est douloureux de ne pouvoir répondre à tes lettres, très respectée NN. Il est difficile de croire que je n'ai presque pas de temps pour écrire, à chaque passage de la poste, je reçois de 20 à 30 lettres qu'il faut lire mais il y a l’infirmité, les gens, les frères et la nuit, je ne vaux rien. J'ai reçu ta lettre du 20; tu décris un fait qui est arrivé lorsque ... s’est unie à l'Église orthodoxe, quels ont été les péripéties et les doutes mais tout ceci par la grâce de Dieu s'est dissipé et finalement a été couronné par un heureux succès et la joie. Il serait souhaitable que ...... également suive l'exemple de sa sœur et qu'elle acquière cette joie spirituelle.

J’en conviens, il t'est très difficile et fatiguant à la fois de s’occuper des malades et de surveiller les enfants; tu ne cherches pas de récompense et ne penses pas en être digne mais Dieu voit ton intention et tes travaux, Il récompense de façon invisible et nous en réserve plus encore. Mais il n’est pas utile pour nous de considérer nos œuvres et d’attendre en échange une récompense.

Tu souffres du fait que tes sentiments pour tes proches ne soient pas ceux que tu voudrais avoir et que tu aies appris que le genre de tes actions ne leur plait pas et que, tout en te plaignant, ils ne t'aident pas dans tes affaires. En conscience, tu ne les induis pas en tentation par ce dont ils t’accusent, ainsi, sois tranquille tout en priant Dieu pour eux. On ne peut pas convaincre tout le monde de la justesse de nos actions : chacun a son regard sur les choses et il faut laisser les choses au jugement de Dieu. Il sait toutes nos pensées et rend à chacun en fonction de ses actes.

Si besoin, en cas de réflexions incorrectes sur des éléments de la foi, tu peux dire ce que tu as lu ou bien ce que tu as entendu, mais il ne faut pas entrer en polémique et laisser chacun avec ses pensées. Et peut-être le Seigneur éclairera leur cœur pour connaître la vérité. N'ayant rien entendu de personne, ils pensent qu'ils jugent justement mais quand le cœur est bon, alors le grain qui y tombe peut porter des fruits. Seulement, parle avec humilité et non pas avec le ton d'un professeur.

Je ne souffres pas de la longueur de ta lettre mais il m'est douloureux de ne pouvoir te répondre en détails, on m'arrête et on m'interrompt à presque chaque ligne.

Demandant à Dieu Sa bénédiction sur vous et vos enfants, je continue, indigne, à prier pour vous. Hiéromoine Macaire, pécheur. 26 janvier 1860

LETTRE 249

Je suis coupable, je t'ai blessée avec ma lettre irréfléchie, très respectée NN. A cette époque j'étais submergé de tous côtés par les lettres et souffrais de ne pas être en état de contenter tout le monde avec mes réponses indigentes et je sentais une réelle faiblesse. Mais en aucun cas je ne te reproche d'écrire les besoins de ton âme et prie Dieu qu'Il m'accorde l'intelligence pour t’offrir une parole de consolation, ainsi que le recommande l'enseignement des saint Pères. Pour plus de facilité, à savoir à quel sujet il faut répondre, il faut souligner les lignes. Tu écris au sujet de la réception de ma lettre et des prosphores par l’intermédiaire la moniale de S....., mère-quêteuse....., que le Seigneur vous ait en Sa merci pour leur accueil dans votre maison et l'encouragement. La quête est une obédience très difficile d'autant plus pour des personnes qui voient peu de monde et dans une ville aussi bruyante. Voila ce que veut dire l'obéissance : c'est le renoncement à soi-même et elle ne doit pas souffrir du fait que la quête est indigente; ce que Dieu envoie, il faut s'en contenter. Dis-leur à toutes les deux que je leur souhaite de se laisser aller à la quiétude et leur envoie mon indigne bénédiction. Je ne doute pas de ton obéissance . Tu dis recevoir de mes lettres indigentes et des tiennes la révélation de soi-même et le soulagement; écris ce que tu veux mais souligne les points particuliers nécessitant une réponse ainsi que je l'indique ci-dessus.

Tu parles des difficultés de l'état mortel; quand déjà ta petite tante, pourtant munie de tous les sacrements, a eu une agonie difficile, que dire des autres ? Cela nous est inconcevable mais on peut comprendre à travers les écrits patristiques que les peines avant la mort et les maladies servent à la purification des péchés commis pendant la vie, avec l'aide des sacrements. Mais on ne peut conclure ainsi au sujet de tous en général car il est dit : "la mort des pécheurs est cruelle"(Ps 33 : 22). Cependant il ne faut pas se désespérer, il faut essayer de réconcilier sa conscience par la repentance, l’humilité et la foi en l'indicible miséricorde de Dieu.

Il faut continuer à espérer que ..... deviendra membre de notre Église. Peut-être qu'en elle brillera soudain le rayon de la vraie lumière et éprouvera-t-elle le besoin de cette appartenance. Le saint Apôtre Paul allait à Damas pour persécuter des chrétiens mais lui-même en chemin reçut par l'apparition de Dieu l'enseignement de la vérité. Il y a de nombreux faits semblables dans l'histoire de l'Église. Par l'union dans la foi avec ta tantine......., tu es devenue, NN, encore plus proche d’elle en sentiments et votre entente spirituelle vous procure le réconfort. Cela est le signe de la rectitude de notre foi et Dieu nous avertit ainsi. Que le Seigneur accomplisse le souhait de la défunte : sauver sa sœur.

Demandant la bénédiction divine sur toute votre famille je continue, indigne, de prier pour vous.

Hiéromoine Macaire, pécheur.

Nous avons reçu la châsse pour les reliques des saints martyrs ; que par leurs prières le Seigneur répande sur vous Sa miséricorde. 9 février 1860.

1  II Tim. IV 2-3

2   Prov. 11 : 14


Собрание писемъ

блаженныя памяти оптинскаго

старца иеросхимонаха Макария

Moscou, 1862

Traduit du russe par A.S. Malko

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